A l'été 1981, Lars Ulrich annonce à ses parents qu'il part en Europe, plus précisément en Angleterre, pour suivre la tournée de Diamond Head, l'un de ses groupes préférés.Durant la tournée, il rencontre Sean Harris, un des membres de Diamond Head. À son retour d'Angleterre, Lars est comme « possédé » par le fait de monter un groupe, il commence à chercher sérieusement des musiciens.
Pendant ce temps, Brian Slagel décide de lancer un fanzine nommé New Heavy Metal Revue qu'il rédige chez lui avec John Kornarens. Plus tard il décide de faire une anthologie du nom de The New Heavy Metal Revue Presents Metal Massacre, qui sera vendue avec le magazine. Lars Ulrich, emballé par le projet, dit à Slagel qu'il mettra une de ses chansons sur l'anthologie...alors qu'il n'a même pas encore de groupe. Ulrich téléphone alors à Hetfield qu'il n'avait pas revu depuis son audition peu concluante. James Hetfield témoigna : « Lars m'a dit qu'il avait un ami, Brian Slagel, qui allait sortir un album de Metal, et qu'il avait accepté qu'on lui fournisse un titre. 'J'arrive tout de suite !', j'ai hurlé ! ».Une répétition est rapidement organisée chez McGovney. Hetfield est alors surpris : « 'Lars était devenu un bien meilleur batteur. Et puis il avait une batterie flambant neuve, une authentique Camco. On a joué des chansons que j'avais écrites pour Leather Charm, 'Hit the Light' et 'No Remorse'. ». Hetfield et Ulrich deviennent alors amis, ils se mettent à écouter des disques ensemble. Hetfield apprécie rapidement la musique européenne qu'écoute Ulrich. Le bouclage de l'anthologie approchant, les trois compères décident d'enregistrer la chanson « Hit the Lights ». C'est une chanson rapide et pleine d'énergie qui raconte que lorsque le groupe monte sur scène, il est prêt à se donner à fond.
Le groupe doit alors trouver un nom pour être crédité sur le disque. Il y a plusieurs théories quant à l'origine du nom Metallica. Certains affirment que le groupe aurait tiré son nom d'un livre appelé Encyclopaedia Metallica. Une autre théorie, plus probable, serait que ce soit Ron Quintana, éditeur d'un fanzine, qui en eût l'idée. Ron aurait demandé à Lars son avis concernant le nom de son fanzine. Il hésitait entre Metal Mania et Metallica. Lars lui aurait conseillé le premier et "emprunté" le second pour son groupe. Le groupe auditionne un nouveau guitariste noir à l'accent Jamaïcain du nom de Lloyd Grant, qui prend le statut de guitariste solo provisoire.Le groupe passe ensuite une annonce dans The Recycler dont le contenu aurait été : « on recherche un guitariste solo déjanté et rapide ». Un certain Dave répond à cette annonce. C'est Dave Mustaine qui a l'expérience et la technique qui manque alors à Metallica.
La Californie, l'État américain où le groupe fit ses débuts.« On avait emprunté un quatre pistes Tascam et on a enregistré 'Hit the Lights'. J'ai assuré le chant et j'ai joué de la guitare rythmique et de la basse. Lars, lui, était à la batterie. En fait on n'était qu'un duo. ». Le line-up du groupe lors de l'enregistrement de la chanson est assez confus. Les solos de la chanson - qui ne sont pas joués par Hetfield - sont question d'un vaste débat. Mustaine venant d'arriver dans le groupe, Lars et James attendent qu'il fasse ses preuves. Il enregistre alors les solos de « Hit the Light », mais Lars Ulrich juge qu'il serait mieux que Lloyd Grant les ré-enregistre, comme le confirme McGovney : « [...] Dave a joué les deux solos de 'Hit the Light' mais, pour le second, ils ont gardé la version de Lloyd, parce qu'ils la trouvait meilleure. ».On sait que le solo est enregistré quelques heures avant que Ulrich et Hetfield ne remettent la cassette à Brian Slagel pour le mixage de l'anthologie. L'enregistrement sur le 4 pistes explique que la chanson ait un si mauvais son.
Sans Kornarens, la chanson ne serait jamais apparue sur l'anthologie. En effet, c'est lui qui finance le mastering de la chanson (50$), alors que le groupe est totalement fauché. Sur le premier pressage, Metallica est en fait orthographié "Mettallica", faute qui sera corrigée sur les albums du second pressage. Sur celui-ci, la chanson est réenregistrée, McGovney cette fois tient la basse et Mustaine effectue tous les solos.
Début 1982, le groupe, qui trouve une certaine stabilité, commence à répéter régulièrement dans le garage de McGovney. James se demande alors s'il doit jouer de la guitare et à la fois chanter. Il lui arrive de dire qu'il devrait se concentrer sur la guitare et laisser le micro à un meilleur chanteur.
Les membres du groupes font des petits boulots comme le rappelle McGovney « James était au chomage à l'époque, Lars travaillait la nuit dans une station-service. Et Dave était ... Un travailleur indépendant. » En fait, Mustaine gagnait sa vie en vendant de la drogue comme il le révéla en 1999.
Metallica réussit à maîtriser une dizaine de chansons et est enfin prêt pour donner des concerts. Parmi ces chansons se trouvent deux compositions originales : « Hit the Lights » (généralement cette chanson ouvre le concert) et « Jump in the Fire ». Les autres chansons sont des reprises : quatre de Diamond Head, une de Savage, une de Sweet Savage et une de Blitzkrieg. Le groupe démarche les clubs de Los Angeles. Il monte sur la scène du Radio City Hall à Anaheim. Le concert, d'après certains témoins, est assez chaotique : Mustaine a des problèmes avec sa pédale de distorsion alors qu'il est le seul guitariste sur scène (Hetfield chante uniquement lors de ce concert). Il casse une corde, mais n'ayant pas pris une seconde guitare, il doit changer la corde sur la scène.
Ron McGovney devient entre-temps le photographe officiel de Mötley Crüe. Peu après le premier concert de Metallica, Saxon, l'un des groupes phares de la scène NWOBHM doit venir à Los Angeles pour faire une représentation au Whisky A Go-Go. Ron McGovney rencontre au club les membres de Mötley Crüe : « 'Hé, Ron qu'est ce que tu fais là ?' ils m'ont demandé. Je leur ai expliqué que Saxon allait jouer au Whisky et que mon groupe voulait essayer de faire leur première partie. 'C'est nous qui devions la faire, cette première partie', ils m'ont dit. 'Mais on est trop célèbres pour ça, maintenant. Viens avec nous, on va te présenter la fille qui s'occupe des engagements.' Grâce à ça j'ai pu lui remettre la cassette. ».La cassette en question est constituée de « Hit the Lights » et des reprises de « Killing Time » et « Let it Loose ». « Elle m'a rappelé le jour suivant. Je me souviens qu'elle m'a dit :'Vous êtes doués. Vous me faites penser à Black'n'Blue, un groupe local. [...] Saxon va jouer deux soirs de suite. Ratt ouvrira pour eux le premier soir et vous, le lendemain.' ». Le groupe joue alors son second concert au Whisky A Go-Go, Hetfield occupe la place de chanteur, Mustaine s'occupant de toutes les partitions de guitares.Le groupe, à cause de son manque d'expérience, n'est pas très sûr de lui, comme se le rappelle John Bush, chanteur d'Armored Saint puis d'Anthrax, adolescent à l'époque du concert.
Il se passe un temps avant leur troisième concert à la Concert Factory de Costa Mesa. Metallica recrute un second guitariste, Brad Parker (surnommé Damien C. Phillips), mais celui-ci est viré : Brad Parker chauffe la salle en effectuant des solos de guitare alors que le groupe n'est pas sur scène, ce qui ne leur plaît pas, encore moins à Mustaine qui est le guitariste soliste. Durant le concert, le groupe joue un nouveau morceau appelé « The Mechanix ».
Le groupe décide de faire une nouvelle démo, cette fois uniquement constituée de morceaux originaux. Se retrouvent sur la cassette les morceaux « Hit the Lights », « The Mechanix », « Jump in the Fire » et « Motorbreath » autre nouvelle - et rapide - chanson. La démo est destinée à assurer la promotion du groupe auprès des clubs de Los Angeles.
La démo est nommée Power Metal à cause d'une bourde de McGovney : « C'est une drôle d'histoire. Je devais faire imprimer des cartes de visite avec le nom du groupe pour qu'on les envoie à des responsables de club avec notre démo. La carte devait juste comporter le logo de Metallica et notre numéro de téléphone. Mais j'ai trouvé que ça avait l'air trop quelconque, alors j'ai décidé de rajouter quelque chose sous le logo. Je voulais pas mettre 'hard rock' ni 'heavy metal', alors j'ai eu idée de mettre 'power metal'. Je trouvais que ça sonnait bien. Pour autant que je sache, aucun groupe n'avait employé cette expression avant nous. » McGovney les montre alors à Ulrich qui pique une crise : « J'ai apporté les cartes au groupe mais Lars a piqué une crise en les voyant. Il était vraiment furieux. 'Qu'est ce que t'as fait ?', il m'a démandé. 'Putain, mais c'est quoi ce Power Metal ? J'arrive pas à croire que t'aies fait un truc aussi con ! On peut pas utiliser ces cartes avec ça dessus !' C'est donc à cause de cela que la démo fut surnommée Power Metal. »
Le quatrième concert du groupe se déroule au lycée de Lars (la Backbay High School), le 25 mai 1982.Cette fois-ci, Metallica joue dix morceaux : cinq reprises et cinq morceaux originaux.C'est le premier concert où James Hetfield décide de jouer de la guitare rythmique et d'assurer le chant en même temps. Mais il envisage encore de se limiter au chant.Le groupe engage alors un autre guitariste du nom de Jeff Warner pour une apparition à la Concert Factory de Los Angeles le 28 mai.Le concert a bien lieu, mais Jeff Warner se retire du groupe car Dave Mustaine ne le laisse jouer aucun solo.
Après un nouveau concert au Radio City Hall d'Anaheim le 5 juin, le groupe attend avec impatience la sortie de l'anthologie de Brian Slagel, Metal Massacre. En quelques années, l'anthologie se vend à environ 30000 exemplaires, une première pour un disque indépendant et réalisé par un passionné. Les Metal Massacre sont devenu une véritable institution, car ils ont permis de découvrir de nombreux groupes, comme Metallica (sur la première édition), Slayer (sur la troisième), Voivod, Metal Church et Hellhammer (sur la cinquième).
Après s'être de nouveau produits au Concert Factory de Costa Mesa le 26 juin, les membres de Metallica prennent une décision importante: ils ont à présent assez de chansons pour pouvoir faire un enregistrement professionnel et les sortir sur une cassette.
Metallica compte sur le système d'échange de cassettes pour se faire connaître aux yeux du milieu underground et peut être signer un contrat avec une maison de disques. Ces réseaux étaient une sorte de proto-Internet, où les fans de groupes partageaient la musique qu'ils connaissaient en s'échangeant des cassettes.
Le problème de l'enregistrement est rapidement résolu car Lars Ulrich devient ami avec un certain Kenny Kane, propriétaire d'une maison de disques. Ce dernier avait vu Metallica en concert et était prêt à faire un enregistrement: « Un mec du nom de Kenny Kane a rassemblé un peu d'argent pour qu'on puisse enregistrer aux Chateau East Studios à Tustin, en Californie. On avait écrit quelques chansons entre-temps [et on continuait à jouer] 'Killing Time, 'Let It Loose' et un ou deux titres de Diamond Head en concert. ».
Lors des sessions d'enregistrement, Ron McGovney n'apprécie guère Kenny Kane, comme il l'avouera à Shockwave : « Kenny Kane avait un label Punk qui s'appelait High Velocity. C'était une branche de Rocshire Records, une maison de disques d'Orange County. Il avait dit qu'il nous donnerait de l'argent pour que l'on fasse un EP. on est donc rentré en studio. ».Le groupe choisit d'enregistrer pour ces sessions, « Hit the Lights » (version qui figurerait sur le second pressage de l'anthologie Metal Massacre), « The Mechanix », « Jump in the Fire » et « Motorbreath » ainsi que trois chansons plus récentes « Seek and Destroy », « Metal Militia » et « Phantom Lord ».
Il y a dès lors un problème car High Velocity est spécialisé dans le punk et non dans le metal. Comme l'explique James : « En studio, lorsque l'on a commencé à enregistrer nos propres morceaux, Kenny a dit : 'Mais ça ressemble pas du tout à ce que j'ai entendu !'. 'Ben ouais, Kenny. Les chansons que t'as entendues, elles sont pas de nous. ».Exceptionnellement, Kane laisse au groupe les bandes, Ulrich et son ami Pat Scott en font des copies, qu'ils donnent à leurs relations. Mc Govney déclarera à ce sujet que « Cette démo a beaucoup voyagé. Elle est même allée au Japon. On a reçu du courrier du monde entier. ».
Le groupe fait alors imprimer une publicité pour le magazine BAM, pour promouvoir la cassette. Ron McGovney : « Ca nous a coûté 600$, ce qui était une grosse somme en 1982. C'est probablement Lars et James qui en ont eu l'idée. Ils ont rédigé l'annonce, me l'ont montrée, et ils m'ont dit que ça couterait 600$. Alors j'ai dis : 'OK. Lars, James, vous avez cette somme ?' Ils ont répondu : 'On a pas une thune'. J'étais le seul à avoir un peu d'argent, alors j'ai fait un chèque de 600$ à BAM. Au jour d'aujourd'hui, je n'ai toujours pas revu cette somme. ».
La démo, surnommée No Life 'Til Leather, d'après le premier vers de « Hit the Lights » et peut être en hommage de l'album live de Motorhead, No Sleep 'til Hammersmith, se diffuse dans les réseaux d'échange à plein régime et « Toutes les personnes qui comptaient possédaient la démo parce qu'on l'avait envoyée à K.J Doughton en Oregon, au magazine Aardshok en Hollande et à Bernard Doe de Metal Forces en Angleterre. ».
A l'été 1982, les relations entre les membres de Metallica deviennent tendues:Ron McGovney vit de plus en plus mal le manque d'égard dont les autres font preuve envers lui.Dave Mustaine est également sur le fil du rasoir à cause notamment de ses nombreuses sautes d'humeur. Mustaine est même renvoyé temporairement de Metallica à la suite d'une bagarre avec Hetfield dont les raisons sont obscures : il existe plusieurs versions de l'incident et certaines sont contradictoires. Voici ce qu'a confié Dave Mustaine en 1999 : « Je dealais pour joindre les deux bouts parce que ma mère avait déménagé. C'était devenu mon business. Seulement, quand on faisait un concert, les gens savaient que j'étais pas chez moi, alors ils entraient par la fenêtre et ils me piquaient ma dope. Il n'y a pas énormément de cachettes dans une maison et généralement, les voleurs étaient des clients, des mecs qui étaient déjà venus chez moi. Alors j'ai pris des chiens pour protéger ma came [...] J'ai emmené ma chienne avec moi à une répète un jour, et elle à mis ses pattes sur la voiture du bassiste. Je sais pas si elle a rayé la carrosserie, si elle a laissé des traces ou si elle l'a cabossée. J'en sais rien. ».Hetfield, semble-t-il, n'a pas apprécié : il a calloté l'animal, l'a repoussé ou a posé sa main (ou son pied) sur elle (doucement ou brutalement, on l'ignore). « James a donné un coup de pied à ma chienne et on a commencé à s'engueuler. Une chose en entraîne une autre, j'ai fini par le frapper ce que je regrette. ».Ron MCGovney a lui aussi évoqué l'incident dans le magazine Shockwaves : « Dave est venu chez moi un dimanche après-midi avec ses deux pitbulls. Je crois que j'étais sous la douche à ce moment-là. Quoi qu'il en soit, il a détaché ses chiens, et ils se sont mis à sauter sur ma voiture et à salement la rayer. James est sorti et a dit : 'Hé, Dave, éloigne ces putains de chiens de la voiture de Ron!' et Dave a répondu : 'Bordel, t'as dit quoi, là ? T'avises pas de parler de mes chiens comme ça !' Ils ont alors commencé à se battre. Leur bagarre s'est poursuivie chez moi, et quand je suis sorti de la douche, j'ai vu Dave envoyer un direct à James, qui a valdingué à l'autre bout de la pièce. Alors j'ai sauté sur le dos de Dave, mais il m'a balancé sur la table du salon. Puis James s'est relevé et il a hurlé à Dave : 'Tu fais plus partie du groupe ! Fous le camp !' Alors Dave a emmené toutes ses affaires et il est parti. Il avait la haine. Le lendemain, il est revenu, en pleurs, nous supplier : 'S'il vous plaît, reprenez-moi dans le groupe !' ».
Après plusieurs concerts, notamment à la Metal Massacre Night, les relations entre Ron McGovney et les autres membres du groupe se dégradent : comme il le dit lui même, à propos d'un voyage pour aller faire un concert à San Francisco : « J'avais loué une remorque. On y a mis la batterie et tout notre matériel, on l'a accrochée à la camionnette de mon père et on est tous montés dans cette dernière. J'étais jamais allé à San Francisco avant ça. Je me souviens avoir fait le tour de Chinatown avec cette remorque, et ça commencait à me faire chier de chercher le club sans arriver à le trouver. Les autres étaient derrière, à boire et à s'amuser, et moi, j'en avais plein le cul [...] Ca a commencé chez nous. [...] Mes affaires disparaissaient. Le pire ç'a été quand on a joué avec Kaos, le groupe de mon copain Jim. [...] Apparemment un ami de Dave en a profité pour voler ma seconde basse, une Ibanez. Mon blouson de cuir avait aussi disparu. J'en avais vraiment marre de tout ça. ».Les autres membres de Metallica se rendent compte que McGovney est à bout de nerf et contactent alors Brian Slagel pour trouver un nouveau bassiste. Il leur conseille de voir le groupe Trauma « parce que leur bassiste est génial ».
Le bassiste en question s'appelle Cliff Burton, qui, après avoir quitté le groupe EZ Street, a rejoint Trauma. Chose peu commune pour l'époque, il fait des solos de basse, porte des pantalons pattes d'eph (chose de très mauvais goût pour l'époque, le pantalon à la mode étant le spandex), et headbangue sans retenue sur scène. James Hetfield et Lars Ulrich assistent donc à un concert de Trauma à San Francisco. Ils en ressortent époustouflés par la prestation de Cliff Burton. Dave Marrs déclarera à propos d'Ulrich et d'Hetfield : « Ils disaient : 'Nom de dieu! Regarde moi ce type!'. La chose qui frappait le plus, c'est que si on était habitué à voir des guitaristes solos, là, ils étaient en face d'un bassiste solo. Ils trouvaient ça génial. »James Hetfield confiera à Aardshock : « On a vraiment été bluffés par ce bassiste hippie qui headbangait tout le temps. » Ils proposent donc à Cliff de les rejoindre. Ce dernier se montre réticent, car il ne veut surtout pas quitter San Francisco pour rejoindre Los Angeles qui est alors peuplé de groupe Glam Metal qu'il n'apprécie guère.Toutefois, Cliff envisageait bien de quitter Trauma comme il le déclara plus tard au journaliste Harald Oimoen : « Avec Trauma, on est allé à LA et on y a donné quelques concerts. Pendant qu'on y était, Lars et James nous ont vus et ils ont eu envie de m'avoir dans le groupe. Alors ils se sont mis à me téléphoner régulièrement. Je suis venu les voir quand ils ont joué à Frisco. Et puis, finalement, j'ai commencé à... en avoir marre de Trauma... Pour différentes raisons. Alors je leur ai dit adieu. Ils commençaient à se la jouer... Bref, ça devenait commercial à divers niveaux. Et il y avait des choix musicaux qui ne me plaisait pas. ».
Le groupe continue alors à jouer quelques concerts : le 1er octobre, ils se produisent au Woodstock et le 18 octobre ils jouent à San Francisco où ils jouent une nouvelle chanson nommée « No Remorse ».
Après quatre autres concerts à Los Angeles et ses environs, ils rejouent au Old Waldorf le 29 novembre. Ce concert fut important pour trois raisons : le groupe Exodus ouvrait pour eux et parmi eux se trouvait un jeune guitariste de 20 ans du nom de Kirk Hammett; le concert fut enregistré et donna matière à une nouvelle démo, que les fans surnommèrent Live Metal Up Your Ass - le son qui devait à l'origine être enregistré avec une table de mixage a été finalement enregistré sur un quatre piste ; et le morceau « Whiplash » est joué pour la première fois en public.
Le concert du lendemain au Mabuhay Gardens à San Francisco est la dernière apparition de McGovney au sein de Metallica. Il expliqua à la radio KNAC en 1993 que le voyage du retour fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase et le poussa à partir : « Sur le chemin de Los Angeles on s'est arrêté pour acheter de l'alcool et ils ont pris quatre litres de whisky. James, Lars et Dave étaient complètement torchés. Pendant que je conduisais, ils passaient leur temps à cogner la vitre pour que je me gare pour qu'ils puissent pisser. Et puis, à un moment, alors qu'on était à l'arrêt, je tourne la tête et je vois Lars allongé en plein milieu de l'Interstate 5. Incroyable ! Alors je me suis dit : "Ca suffit les conneries !" ».
McGovney subit encore d'autres désagréments : « Ensuite un de mes amis m'a dit qu'il avait vu Dave verser de la bière dans les capteurs de ma basse - une Washburn - en disant : 'Je déteste ce connard de Ron'. Le lendemain, ma basse marchait pas. Et ma copine de l'époque m'a confié qu'elle les avait entendus dire qu'ils prendraient Cliff dans le groupe. »Peu de temps après : « Après que Dave ait niqué ma basse, quand les autres sont venus répéter, je leur ai dit : 'Foutez le camp de chez moi!'. Je me suis tourné vers James et je lui ai dit : 'Je suis désolé James, mais toi aussi, il faut que tu partes'. Deux jours plus tard, leur matériel n'était plus chez moi. »McGovney était aussi très ennuyé par la façon dont les choses avaient tourné : « Cette histoire m'a tellement dégouté que j'ai vendu mon matos... J'en avais vraiment plein le cul de tout ça. » Ron McGovney se doutait que Cliff allait prendre sa place : « Après les avoir entendu parler de Cliff, j'ai eu des soupçons... J'ai en quelque sorte deviné ce qui se tramait. »
On peut conclure que McGovney est parti de lui même du groupe et n'a pas été viré, comme il l'a déclaré : « Si vous vous fiez à leur version, c'est eux qui m'ont foutu dehors. Mais jamais, jamais ils ne m'ont dit : 'Tu ne fais plus partie du groupe'. »
Dave Mustaine a tout de même reconnu dans une interview pour Metal Hammer dans les années 90 : « J'ai besoin de confesser un truc que j'ai fait à Ron McGovney... J'ai versé de la bière dans les capteurs de sa basse. Il s'en souvient encore tandis que moi, j'avais oublié. Mais j'ai vu qu'il pleurnichait à ce propos dans une interview il y a quelque temps, et je voudrais faire la paix. »
McGovney a lui commenté ces évènements : « C'est si vieux que ça n'a plus d'importance aujourd'hui. Je vous ai juste dit ce que je ressentais à l'époque. Je veux qu'il soit clair que cette histoire ne m'ennuie plus. Ca s'est passé il y a quatorze ans. Ce n'est plus que des souvenirs. Je m'entends à nouveau bien avec eux maintenant. »
A peine les membres de Metallica sont séparés de McGovney,qu'ils décident de quitter Los Angeles pour San Francisco pour que Cliff Burton les rejoigne (condition qu'il avait imposé aux membres du groupe). Le déménagement est fini en quelques mois et le 28 décembre 1982 a lieu la première répétition avec Cliff Burton.
Lars et James s'installent tout d'abord au 3132 Carson Boulevard, chez Marc Whitaker, un ami commun. Il fait des étude en tant qu'ingénieur du son et fréquente la scène metal. Mustaine s'installe chez la grand-mère de Whitaker. Une opportunité inattendue se présente au groupe lorsque Whitaker leur dit qu'il a besoin d'un groupe pour enregistrer une démo (dans le cadre de ses cours). James : « On a fait une démo, gratuitement, de « Whiplash » et « No Remorse ». Elle avait un très bon son. C'était le meilleur enregistrement qu'on ait jamais eu jusque-là. ».
Plus tard, le groupe s'installe dans le quartier d'Albany. Jeff Becerra de Possessed se souvient : « J'ai grandi avec ces types. Kirk habitait à deux pas de chez moi et il organisait des soirées démentes. On allait aussi chez les autres. Ils vivaient dans une grande maison délabrée d'Albany, et on y picolait sec. Plein de gens allaient à ses fêtes et en ressortaient déchirés. Si quelqu'un prétend se souvenir d'une de ses soirées, alors ça veut dire qu'il n'y était pas ! »
Mais le groupe ne se contente pas de faire uniquement la fête : ils répètent avec Cliff Burton qui ajoute vite une touche mélodique aux morceaux. Le 5 mars 1983, le groupe joue sur scène avec Burton pour la première fois au Stone. En plus de la setlist habituelle (sans reprises) Burton joue un inédit : « Anesthesia – Pulling Teeth » sur scène. Ce solo de basse est un déluge d'accords et de motifs classiques, le public en est époustouflé. Un second concert a lieu dans ce même club le lendemain et la prestation est alors filmée pour la postérité.
Le succès rencontré à San Francisco avec No Life 'Til Leather permet au groupe de s'accommoder au climat de la ville sans accroches, comme le fait remarquer Bob Nalbandian « grâce aux échanges de cassettes, Metallica était extrêmement populaire à San Fransisco avant même d'y avoir mis les pieds. »
L'étape suivante pour Metallica n'allait avoir lieu ni à Los Angeles, ni à San Fransisco, mais à New York sur la côte Est des États-Unis.
« Quelqu'un qu'on connaissait est revenu de San Francisco avec une cassette, et il a dit : 'Johnny, Marsha, il faut que vous écoutiez ça!' Il y avait de la musique dans le magasin. Je me souviens plus de ce que c'était, mais c'était du metal. On passait jamais rien d'autre. J'ai donc arrêté et j'ai mis sa cassette dans le magnéto. C'était à tomber à la renverse ! ».
Jon Zazula avait écouté à l'époque une copie de la cassette Live Metal Up Your Ass dans le magnétophone de son magasin nommé Rock'n'Roll Heaven dans le New Jersey. La cassette du groupe a terminé aux quatre coins du pays depuis sa sortie, aussi vite que No Life 'Til Leather. Jon Zazula réalisa qui avait écouté quelque chose de radicalement nouveau : « Ca ressemblait un peu à Motörhead et on y retrouvait l'esprit de la NWOBHM. Mais c'était américain et c'était nouveau et meilleur. Je trouvais aussi que la section rythmique était très mélodique. Mais quand je dis mélodique, je veux pas dire commercial. C'était une façon totalement nouvelle d'aborder les mélodies. ». En plus de possèder un magasin Jon Zazula organisait des concerts et manageait des groupes à travers sa société Crazed Management.« On a téléphoné à K.J Doughton. Il était l'auteur du tout premier article consacré au groupe que j'ai lu. On n'avait pas le téléphone au magasin, alors on l'a appelé depuis une cabine. Il m'a rappelé le soir-même et il m'a dit qu'il faudrait que je discute avec Lars Ulrich. Et Lars Ulrich m'a téléphoné le lendemain. Lars était très positif. Il avait entendu parler de nous : la côte Ouest savait qu'il se passait beaucoup de chose dans le Nord-Est et qu'on était à l'origine de toute cette activité. Je lui ai dit qu'on devait organiser des concerts avec Venom et les Rods et j'ai ajouté : 'On aimerait que vous donniez quelques concerts et on aimerait vous faire part de certaines idées. Si vous venez on pourra en discuter.' On voulait faire quelque chose avec ce groupe. [...] On allait laisser la nature suivre son cours. Enfin, la nature ou le chaos ! ». Lars est prêt à se rendre à New York, mais le groupe est alors sans le sou, Zazula leur paya le voyage.
Fin mars 1983, le groupe et Mark Whitaker leur colocataire/ingénieur du son, louèrent deux véhicules, y mirent leur matériel et entamèrent un voyage de 4500 kilomètres vers New York.Lars Ulrich déclara à propos de Dave Mustaine lors du voyage: « Durant le voyage de San Fransisco à New York, notre patience a atteint ses limites. Il y a eu quelques incidents de trop. Il n'arrivait pas à se contrôler. Et c'était plus... Sur le long terme ç'aurait été un problème. On a donc décidé [de le renvoyer], à mi-chemin entre l'Iowa et Chicago. ».Il déclara ensuite : « On allait attendre jusqu'au jour où on trouverait quelqu'un pour le remplacer. ».
Une fois le groupe arrivé sur la côte Est, Ulrich prévient Zazula du problème Mustaine. Toutefois le groupe devait jouer deux dates en première partie de Vandenburg et Rods au Paramount Theater et à L'Amours, à Brooklyn. Metallica assura les deux concerts, pris une journée de repos, puis le 10 avril 1983, Dave Mustaine fut renvoyé de Metallica. Selon la légende, lorsque Mustaine se réveilla, ses bagages étaient faits et les autres membres du groupe le regardaient d'un air sombre. Hetfield lui lança qu'il ne faisait plus partie de Metallica. Dave demanda simplement à quelle heure décollait son avion. Hetfield répondit qu'ils lui avaient réservé une place dans un car qui partait une heure plus tard. « Une heure plus tard il était dans le car. »,confirma Lars sur l'antenne de KUSF. Jon Zazula se souvenant d'ailleurs qu' : « ils l'ont fait monter dans un bus, et ils l'ont renvoyé chez lui. Il était furieux. ».
Bien sûr, les membres de Metallica ne s'étaient pas séparés de Mustaine sans avoir préalablement pris leurs précautions. Une dizaine de jours auparavant, Whitaker - également manager d'Exodus - téléphona à Kirk Hammett et lui demanda de venir à New York pour venir passer une audition.Hammett répondit, sans trop savoir si c'était une blague ou non, « OK, ça marche. ». Le lendemain, un second appel de Whitaker le convainquit que Metallica ne plaisantait pas, et il prépara ses bagages pour New York. Par rapport à son groupe Exodus, Hammett expliqua à Trasher : « A l'époque, Exodus avait des problèmes de personnel. Notre bassiste ne voulait pas prendre la même direction que nous. Le groupe ne répétait plus et on était au point mort. Je commençais à en avoir marre. C'est drôle parce qu'un jour, alors que j'étais aux chiottes, j'ai eu un coup de fil de Whitaker. Il m'a demandé si j'étais prêt à venir à New York pour faire un essai avec Metallica, parce qu'ils avaient des problèmes avec Dave. ».Hammett connaissait déjà le groupe, ils avaient déjà partagé l'affiche avec eux à San Fransisco, le persuader ne fut alors pas difficile.
Il semble toutefois que le groupe n'accueillit jamais formellement Hammett au sein de Metallica : son audition fut concluante et ils continuèrent simplement à jouer avec lui. Des papiers officiels auraient été signés plus tard, mais à l'époque il est juste resté dans le groupe. Hetfield reconnut cet état dans le magazine Trasher. Hammett ignorait s'il allait rester longtemps avec le groupe, ainsi qu'il l'a expliqué plus tard : « C'était un pari osé, parce qu'il y avait le risque qu'ils ne m'apprécient pas. J'ai pris l'avion pour la Côte Est avec plein de matériel à mes frais. C'était vraiment bizarre parce que je quittais la Californie pour la première fois de ma vie et en plus, c'est à peine si je connaissais ces types. Le seul que je connaissais, c'était Mark. ».
Après qu'Ulrich, Hetfield et Burton aient été convaincus par le talent de Hammett, ce dernier fit son premier concert le 16 avril au Showplace, dans le New Jersey. Le groupe devait assurer la première partie de Venom lors de leur tournée américaine.
Malheureusement, le groupe devait changer d'endroit pour dormir : alors qu'ils étaient hébergés par Jon et Marsha Zazula, le groupe but une bouteille de champagne lors de leurs beuveries, alors qu'elle était mise de côté par le couple pour un événement particulier. Ces derniers jugèrent que ça ne pouvait plus durer comme ça.
Zazula trouve alors au groupe un nouvel endroit pour dormir : « On les a installés dans un endroit vraiment sordide qui s'appelait le Music Building. Ils partageaient la salle de répétition avec Anthrax, mais ils dormaient dans un endroit épouvantable. C'était un débarras : c'est à cet endroit qu'étaient entassés tous les objets mis au rebut par les habitants de l'immeuble. C'était pas un spectacle agréable, mais je n'avais pas vraiment le choix. Je ne savais pas dans quoi je me lançais ! »
Jeff Dunn de Venom, se souvient parfaitement de la période des deux concerts qu'ont donné Metallica et son groupe au Paramount Theater de Staten Island, le vendredi 22 avril et le dimanche 24 avril 1983 : « Durant cette première tournée américaine, je me souviens que Cronos et Lars ont fini dans le même lit ! Ils étaient bourrés comme des ânes. Ils se sont endormis l'un à côté de l'autre. En se réveillant, le lendemain, ils ont gueulé : 'Putain, c'est quoi ce merdier ?'. Tout le monde était couché. On était à l'étage et eux, au rez-de-chaussée. Il faisait si chaud qu'il était vraiment difficile d'arriver à dormir de toute façon. J'entendais Lars qui braillait en bas. Un de nos roadies a alors dit : 'Je vais descendre l'assommer, cet enculé. Je veux dormir moi.' Mais tout d'un coup, on n'a plus entendu le moindre bruit. Je suppose que Lars était tombé dans les vapes. ».
Les roadies de Venom ont failli par ailleurs détruire le Paramount Center en forçant sur les effets pyrotechniques:« On a eu un problème quand on a joué à Staten Island. Le premier soir ( c'était mon anniversaire), on a eu des tonnes d'incidents techniques. Les haut-parleurs sont sortis des enceintes. Ce qui s'est passé, c'est qu'on avait des mini-bombes en fonte - d'un diamètre d'une tasse haute de vingt centimètres. On en avait mis 24 tout le long de la scène. Un type les a remplies de poudre explosive et y a mis des amorces. Ensuite, une demi-heure avant le début du concert, un autre gars s'est dit : 'Merde ! Les mini-bombes !'. Il faut dire que la communication n'était pas bonne entre les roadies. Alors le deuxième type les a à nouveau remplies, sans savoir que ç'a été déjà fait ! Aussi, quand on a allumé ces trucs ... Putain de dieu ! Le bruit de l'explosion a couvert notre musique. On a retrouvé une des mini-bombes enfoncée dans un mur, à l'étage. Je te jure que c'est vrai. Cet abruti aurait pu tuer quelqu'un. Il y avait un trou d'un mètre vingt au milieu de la scène. Qu'il n'y ait pas eu de victimes ... ». Malgré ces problèmes annexes, Metallica et Venom se sont accordés à dire que ces concerts étaient des réussites indiscutables.
Pour Ulrich et Hetfield, le line-up de Metallica n'est pas encore définitif : il espéraient recruter un nouveau chanteur. Ils jetèrent leur dévolu sur John Bush, chanteur d'Armored Saint, qui malgré tous leurs efforts, ne rejoindra jamais Metallica.
Peu de temps après, Hetfield et Ulrich révélèrent qu'ils allaient bientôt enregistrer leur premier album. Lars avait des idées bien arrêtées concernant le disque : « On n'a pas retenu que des titres rapides. S'il n'y a que ça sur un album, les morceaux finissent par tous se ressembler... Quand on joue des chansons rapides, on essaie d'y mettre des breaks parce qu'ensuite, ça donne l'air d'aller encore plus vite. »
Jonny Z - qui entre temps est devenu manager du groupe - tente alors de rentrer en contact avec des maisons de disques, mais celles-ci jugent le groupe beaucoup trop rapide dans sa manière de jouer. Le groupe décide alors de s'autoproduire.[74] Jonny avait alors fait les comptes : « On avait estimé que la réalisation de leur album nous coûterait environ 5000$ mais, à l'époque, même les cents étaient rares... ». « On a décidé de tout faire nous-mêmes. Les maisons de disques pouvaient aller se faire foutre ! On s'est juste dit : 'Rien à branler de ce que tout le monde dit, on va le faire.' Les gens nous prenaient pour des cinglés. Mais on l'a fait. ».
Zazula crée donc le label Megaforce (qui à l'origine devait s'appeler Vigilante). Il est nommé ainsi car « Un jour, on discutait avec Cliff, et il a trouvé le nom 'Megaforce' » se souvient Zazula.